David Foster Wallace (1)

Wallace semble avoir clôturé le développement logique de la littérature américaine. Il vient de me pousser dans un lieu commun fumant comme on en entend tous les jours; il n’empêche. La paix westphalienne, la domination intérieure des systèmes de créditation et la nouvelle nature du capital depuis les Bardi e Peruzzi et les Fuggers, le basculement inertiel dans le temporel, les Davids bleu Klein et les Madonnes rouge pailleté, la révolte de l’homme masse par le rire, Seinfeld, les shows nocturnes aux intellectuels user-friendly et la guerre en direct… ont produit éventuellement l’auteur de la dépression sous Prozac calmement installé à la frontière de l’arc-en-ciel, calmement mystifié par le trouble du réel et mystifiant la réalité de la société whatever, je parle de – il est calmement assis – je parle de – chemise à carreaux et bière légère – je parle – 2 gros chiens – je parle de David Foster Wallace. J’aurais personnellement traduit le titre de son livre majeur par La Geste Infinie. Pourquoi. La Geste de Roland est le chant de sa mort sur le champ de Roncevaux, sous les coups des Sarrasins intrépides. Infinit Jest est le chant d’un appareil de conscientisation récursive, un mécanisme fouillé d’auto énonciation pour s’amener au point frontière de l’existence. Qui s’amène à ce point exactement ? Les parties biologiques de ce mécanisme, chaque personnage, chaque situation, est une requête d’extraction pour exister à travers sa propre énonciation grâce aux possibilités offertes par la société whatever. C’est une utilisation maximale à échelle humaine des configurations possibles sur le grand plan nord-américain. Chaque personnage est et devient une métadonnée qui indexe la structure apparente du plan sur son propre corps de recherche. Wallace est le web crawler de dernière instance dans le réseau biologique du réel; son action est d’indexer la proposition de la réalité sans plan narratif ni histoire d’aucune sorte, tout est déjà là pour dire que c’est effectivement là. C’est le sport de la tautologie pratiqué à haut niveau. Qu’est-ce qu’il reste. La clé est dans l’absence d’un « ? », il n’y a pas de véritable question car aucun problème n’est en mesure d’être formulé dans ce langage de la réalité, le système énoncé de cette manière ne peut pas interroger son propre corps d’axiomes, il ne peut que les chanter dans la simulation d’une bataille sans ennemis. C’est la proposition illustrative la plus sensée de ce que Foucault pouvait imaginer avec le concept de biopolitique: un chant de requête SQL où les coups censés produire des morts génèrent des naissances adultes qui ne peuvent accéder qu’à la virtualité énonciative du réel.

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