Hic et Nunc 4: le mangeur professionnel

C’était un mangeur professionnel. Non pas un mangeur de compétition, comme on en voit à la télé, 65 hot dogs en 8 minutes, 10000 calories, le maximum, non, là c’était avant tout une ingurgitation méthodique lissée dans le temps, sans à coups, fébrile uniquement en son sein pétri de sensibilité gustative. Je le trouvai avec deux baguettes de pain. Pas de sandwich ? .. C’est meilleur tu sais… je ne le laissai pas parler. C’est moins cher et je n’aurai plus faim. Sa raison avait du sens, c’était modeste et dense à la fois; une préférence absolue pur la quantité avec un petit bonus pécuniaire qui fait toujours plaisir. On marchait côte à côte mais nos manières de vivre la satiété dans toute son immédiateté étaient différentes. Je terrai la mienne; lui, toute sa masse avançait en ondulant, écrasant le vent et toute la biomasse volatile microscopique de son poids en vélocité. Je regardai, débrouillant une marche stupéfaite, sa tête remplie de pain mâché, ses dents formant une raie lisse aux interstices comblés de mie ductile compactée avec l’humidité de sa salive digestionnaire.

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