Eusèbe dans les étoiles

Il faut monter l’escalier, situé sous le soleil, le Latium sous le soleil, sous les pas d’Enée, un escalier long de quarante-huit marches, puis des arbustes, un laurier rose orne une rambarde travaillée par des mains professionnelles et burinées d’artisan fatigué, ce laurier est éclairé lui aussi, avec la sève qui coule pour potentiellement empoisonner des dizaines d’hommes, et derrière les arbustes un autre escalier, plus court, d’une quinzaine de marches, fait de marbre de Carrare, pareil à un revêtement formica glissant, il faut le monter pour accéder à Constantin occupé à attendre la perruque ornementale qu’Eusèbe lui prépare, Eusèbe, coiffeur spirituel d’empereur, le plus grand des artisans de la pensée paysagiste. Cette coiffure particulière est faite pour résonner dans l’espace physique subtil où les chauves-souris s’agrippent aux cheveux. Le voyageur les parcoure en méditant transcendantalement et là, elles filent pour enfoncer leurs petites pattes noires dans les vagues des longs filets organiques, à peine la méditation commencée, la rétribution d’années de pratique, l’instant d’extase, la formation Steiner terminée et honorée d’un diplôme sanctionnant les efforts et les souffrances consentis. Eusèbe est joyeux, il forme les boucles et les volutes, des lignes entières de lemmes et de corollaires proto-scolastiques pour le premier empereur des Chrétiens. Son œuvre de tisserand a pris beaucoup de petits démons dans ses filets forgés d’or du père et d’argent du fils. L’énorme escalier n’atteindra jamais les deux compères qui discutent sur les données eschatologiques de leur citadelle ; un nouvel organe est né, sur les traces inconvertibles du fils pour admirer de loin un père légiférant. Le fond méditatoire de Steiner fait écho avec l’interprétation scientifique des Évangiles synaptiques et la réappropriation de Jean à travers le cinquième et dernier Évangile, celui de Rudolf. Le fils est terrestre, le fils est ici, il est facile à atteindre et subordonné à jamais. Ne pensez pas l’utiliser comme planche de salut, il faudra vous la trouver ou mieux, fabriquer ! par vous-même. Les matériaux sont là, les extraits des petits mystères que l’élève devra suivre. La foule d’Ensor se déchire un hareng saure, c’est la panique, les gens se tapent à coups de trique, la chair n’est pas suffisante, mais la denrée est promise en abondance. Le temps manque ma dame ! Voici le problème : le salut n’est pas garanti, encore moins apporté par le sacrifié, l’homme de Nazareth qui ne représente pas la rédemption concrète, il est figuré dans son introspection spirituel, il est a été le précurseur des voies cachées de la sortie par devers le monde physiquement aveugle. Il a filé ! Illuminatus ! Il a été atteint par ses propres efforts de Grâce au sein de la grande règle du Jeu. Des riches payent, fomentent les écoulements massifs de sang pour convertir une énergie solaire en culmination méditatoire transcendant le corps. On sait tout ça, après Eusèbe et Steiner, R.A.Wilson, tout est décrit. On peut même s’envoler à travers les circuits, partir en fumée au bout de la dépense et se resacraliser comme un intouchable virtualisé. On peut peut-être se figurer une vie dans l’augmentation pure et se passer de la réalité. L’escalier long et raide comme la mort est toujours en train de conduire vers le point culminant du sens pris au mot dans le rêve saussurien. Susurre rien dans le creux de mon oreille spirituelle. La méditation est la suggestion créatrice du verbe qui gémit et éclot sur la préparation parfaite du salut préfiguré dans le songe personnel de l’élève ; l’Échec ne coûte pas cher. L’éternité conquise sert à contempler les étoiles brûler et les nuages de poussière se disloquer au contact des trous où l’origine se calcule en singularité mathématiquement simulable. Le paradis, c’est la vérification éternelle des hypothèses, seulement pour soi, le pied total.

 

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