L’Enfer: la structure de la nuit

Yodyode, c’est la nuit, il fait nuit, dormirons-nous un peu ?

C’est la nuit, Schwesky Schwesky, tu as raison, mais il n’est pas forcément possible de dormir, tout dépend…

Tout dépend de… ?

Tout dépend de la structure de cette nuit. Cette nuit s’annonce agitée, comme déjà au matin raccrochée, comme un wagon qui met de la qualité en distance entre soi et les importuns, cette nuit s’agite déjà densifiant l’espace de la pièce où tu vas te retrouver insomniaque.

Et donc ? Tu ne veux quand même pas me dire de cette manière compliquée que je vais me masturber ?

Pas vraiment non, t’auras pas le temps pour ça, Schwesky, il faut bien le dire, tu trouves bien peu de temps pour tout, alors pour ça… Non non… Il ne s’agit pas de ça… La nuit va s’agiter dans ta tête quand tu vas lire, tu vas te lever et lire, voilà, tu vas lire quelques chose de compliqué qui va te frustrer, tu ne vas pas comprendre, tu vas tantôt maudire l’auteur, tantôt ta tête, ton cerveau impuissant à comprendre.

J’ai sur ma table de chevet bien peu de livres qui correspondraient à ce genre de lecture et encore moins à un tel destin nocturne…

Tu vas d’abord commencer par analyser, c’est un vieux mouvement ça, l’analyse, comme dans la Méthode de Descartes et les Méditations, tu vas t’enfoncer dans le mouvement moderne a priori de l’analyse. Tu vas décomposer, progresser dans la structure de la nuit. Tu vas revenir à la synthèse, tu vas prendre des postulats pour vrai a posteriori, dans la quatrième réponse aux objections aux Méditations et les Principes, tu vas essayer de fonder une étude synthétique du corps de la nuit, te poser la question des éléments constructibles au sein de ce corps, sans en sortir, aux seuls moyens du compas et de la règle. La nuit a peut-être dix-sept côtés, construction dans le corps démontrée par Gauss, à lui la nature semble obéir normalement. Ce n’est pas la vision du spectre catholique de Cauchy qui va entrer dans ta nuit comme une catastrophe, pas de règle normale, que des accidents, un enfer d’irrégularités ou une séquence infinie de miracles. L’insomnie forme un corridor où le premier mur présente l’idéalité mathématique formulable et suffisante sans garantie de mode d’accès, une idée absolue de l’Académie, de Speusippe; en face, l’autre mur, de l’école de Cyzique, de Ménechme, représente uniquement ce qui est accessible directement par la construction, ce qui se donne a priori comme synthèse en dehors de tout langage formel. Speusippe sort de la bouche de Hilbert, Ménechme forme un seul corps avec Brouwer. La séquence se réverbère le long du corridor, un son de plus en plus lointain qui fait écho à la structure computationnelle de la nuit. Abel, tué, Galois, tué, la rationalité est le sang de la structure algébrique actée au bout du tunnel de ta nuit, Schwesky.

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