[Roman] Les deux corps du roi: Les plans de la Tour 2

Dominique n’est pas le narrateur, ceci n’est même pas un effet de style, c’est une volonté de structure, une volonté explicite de faire sentir en quoi consiste la structure dans ses prémisses. Ce geste est ingrat, il a valeur de prologue, de petite mise-au-point. Ce n’est pas un pince-téton, un truc prétentieux qui s’adresse aux amateurs de romans post-modernes emprunts de sensualité post-industrielle qu’on pourrait imaginer trouver dans l’air flottant d’adolescents sortant de leur chambre, cernés sous les yeux de s’être intensément masturbés. Dominique dans sa première incarnation au milieu de l’animal est un lien hypertexte. Ordre en progression à travers l’hypertexte. Mais avant il marchait évidemment au milieu du corps de l’ennemi incorporé dans le corps du texte. Il entretient à côté de ce pick-up une relation d’insecte suffisamment mince pour arpenter la surface fractale du sens logique du reptile et décrire ainsi l’émotion contenue dans la déglutition du crocodile. Relation avec moi et son assistant Blumenfeld, puis Tsederbaum et Natalia, et peut-être Delphine ; je décide de l’installer avec les autres dans ce qui nous apparaît comme une représentation fracturée de la réalité. Tout dire alors pour rester fidèle et respecter les simultanéités, sans notes de bas de page pour éviter la création d’une multitude de plans discursifs non-équivalents. Ce ne sont pas des employés s’entretenant. Encore moins des individus aux prises avec un système ; ni Kafka ni ironie, pas d’identification avec le lecteur de l’auteur. La chaleur du paragraphe précédent donne l’impression à Dominique d’évoluer sous l’aisselle d’un homme mûr. Il regarde les habitants, penchés derrière leurs fenêtres, allumer les écrans de téléviseur, ajoutant au chuintement des plats en réchauffement le bruit blanc accompagné d’une lueur impavide. Ils vont et viennent tout éclairés de côté, leur poste emporté dans leurs cellules réfléchissantes, sur enveloppe travaillée par la faim. La pauvreté n’est pas évidente au milieu des jardins qui profitent d’arroseurs automatiques, et ceux qui ont pu les payer pour augmenter le standing familial, ont passé des heures à lire des textes électroniques contenus dans l’enveloppe logique de leur courrier virtuel. La lumière télévisuelle a vivifié les échanges synaptiques de leur activité professionnelle sanctionnée par un contrat de cadre sans véritable limite d’heures, preuve de leur endurance cérébrale. Ce contrat déroule une suite de nœuds décisionnels – études, diplôme, job description, embauche – noués dans la confiance préalable en l’ordonnancement contractuel de toute société moderne. Maintenant les plus doués se disent qu’il faut enfin vivre cette société à fond et reviennent par mégarde à l’étape antérieure de l’analyse contemplative. Jamais le temps de se reposer, se disait Dominique quand il basculait déjà dans le récit imparfait de ses expériences ; le bras oblitéré dans la mâchoire du crocodile, l’avatar brûlait sous le regard du joueur, ses yeux mêmes engloutis dans la lueur infranchissable de l’écran. AFK. Away From Keyboard. Cette scène pouvait être un épisode de reportage gonzo, une vidéo sacro-pornographique, se disait Dominique qui repassait dans les structures mentales idoines de l’avocat qu’il était  les définitions approximatives de l’homo sacer, l’homme que personne ne pouvait condamner mais libre de mourir à tout moment. Le bras, usé en son milieu, cède, maintenant. Le présent approximatif se plie aux fantaisies temporelles de la narration qui s’oriente entre les fenêtres des habitants, la notion de richesse et de l’emploi rémunéré pour des raisons intériorisées de mérite et d’utilité publique, le bras de Dominique, un animal et le fondu de l’évocation hypertextuelle. Son orgueil lui disait qu’il était aussi performant, quelques jours à peine, précédant ces événements, il parlait à Blumenfeld sur un ton autoritaire, en véritable patron, propriétaire de cabinet, propriétaire des reflets que les baies vitrées de ses locaux lui renvoyaient, avec le fantasme de la simulation superfluide des modalités de son existence, inhérent aux surfaces semi-transparentes.

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