[Roman] Les deux corps du roi: Promenades et premiers flirts 15

Elle eut la respiration coupée de surprise au bord des lèvres qui imitèrent un sourire au parfum d’hibiscus, légèrement trop sucré comme toujours. Je la frappai presque au même moment sous les côtes – elle essayait de reculer mais la lame coincée sous le sein lui barrait la route de l’intérieur – je frappai une deuxième fois plus fort – elle penchait la tête et j’essayais de décoller ce qui semblait être une côte mais le mouvement de la lame déviait systématiquement au rythme des hoquets; il m’était devenu difficile de manipuler le couteau car ma main glissait sur le manche lubrifié par sa salive. Elle devait saliver pour laisser dans des filets épais une partie de la douleur qui affluait après la surprise. Je la tenais contre le mur. Je me décalais légèrement vers la droite et poussai le manche dans le sens opposé comme un levier pour déchirer la peau avec le plat de la lame. Je sentis sa tête tomber doucement sur ma poitrine et ses cheveux collés sur le front dessinaient des bois frottant la peau des sacrements pour entrer rapidement dans le salut des animaux qui enjambent les rebords du paradis. Je me retournais avec elle face à l’espace libre et la frappai au visage en la repoussant un peu. A terre sa jupe était relevée, je voyais son entrejambe et j’avais envie de lui enfoncer des doigts, mordre sa vulve et sentir sa friction craquante et tendue sous mes dents. Elle était jolie allongée à la va-vite sur le sol. Je marchai dans la flaque de sang naissante pour aller récupérer son portefeuille et sentir un peu plus ce que je croyais être une traînée vaporeuse échappée de sa matrice avortée du monde des reproducteurs pour se rejoindre dans les poils du Père par l’ombilic des limbes.
Elle était de nouveau debout accotée au canapé et je la frappai de nouveau au visage. Cette opération la fit basculer par-dessus le bras de peluche satiné pendant qu’elle amorçait une deuxième partie qui complétait le sens après un instant dédié à la respiration de sa phrase sur le thème des animaux à bois. Le bruit de succion échappé d’elle était celui d’une bouche qui se fend après une déglutition et sa tête penchée prit l’expression d’un faon qui n’a encore pas de quoi se frotter aux troncs-séquences de sa vie-âme-de-bois-de-paille brûlée comme un péché de paille, âme aux interstices débarrassés des fétus, vie sylvestre à odeur d’humus. Je mis mon genou sur son ventre, mis mon poids sur mon genou comme un sac, mis le poids de mon œil pinéal dans le sac de poids de mon genou, et relevai le mollet contracté au bord d’une crampe afin de tendre la pointe du pied vers le ciel et la blesser dans cette position avec mes doigts aux extrémités de bois. Son souffle rompit et elle écarquilla les yeux plantés dans les miens, elle écarquilla sa bouche comme un œil de bovin noir perdu dans l’espace sans relief, et son nez bouché par la neige toujours humide de son mucus séché écarquilla les narines comme deux yeux qui crient avec une bouche rapprochée dans l’angoisse de ne pouvoir se présenter divinement à son salut perdu dans le tumulte et le fracas. Je ne sentais pas de résistance, sinon la prévention scandalisée de sa patte antérieure qui s’était affaissée sur mon mollet. Je dégageai son sabot d’un revers et la frappai au visage, encore, en abattant mon poing comme un piston mécanique. La femme de ménage découvrait avec sa fille qu’elle avait un sac de provision rempli de panse bovine évidée; elle se demandait comment on allait cuisiner ça mais ce qui était sûr c’est que cet embryon de plat étrange n’avait pas pour vocation de les tirer – surtout sa fille – de l’inertie assourdissante de la quotidienneté par des saveurs familières et enjouées qui voguent et se condensent sur les joues. Je sentais cette vapeur pleine de sens et en offrais à madame en suant du front; elle avala une goutte et ferma les yeux.
Je beuglais en mettant mon nez dehors à travers une fenêtre ouverte. C’était toujours la même petite place recouverte d’un parc minuscule. Ses bras me tiraient vers l’intérieur, enlacés autour de mon cou comme deux hétaïres parvenues du fond diffus de l’histoire comme la lueur d’un kazar sorti d’un trou du cul canin retourné qui promettait le plaisir solitaire du cosmos et la grâce sans rédemption. Ces bras sans sabots, c’était l’appel du cerf fou khazar répandu en quatre directions sur la plaine. Je voyais donc qu’elle reprenait du poil de la bête et me tirait de plus en plus fort, ce qui nécessairement appelait de nouveaux coups. Je me retournai donc et cette fois frappai à la mâchoire qui sembla se déboîter du premier coup au son du front projeté sourdement contre le mur. Je pris le couteau laissé à côté du bras en peluche de soie et enfonçai la pointe sous son aisselle gauche – j’avais remarqué et retenu ce geste dans un film médiocre où l’héroïne mûre, prise en otage par un jeune homme musclé, plus naïf que méchant et tout aussi victime des circonstances, enfonça, après supplication et supplication, dans l’excitation, la lame précisément à l’endroit où courait une artère, en s’excusant, car elle savait parfaitement la sale mort qui s’ensuivrait, et travestissait sa compétence biologique retournée contre ses semblables des atours d’une impérieuse nécessité, que je me figurais éjaculatoire, mon pantalon était tout trempé en voyant ça – tendre et molle comme une araignée de veau au soleil, le jus précipité à la surface – chez les animaux morts le sang n’est plus leur sang mais leur jus de cuisson propre et leur âme est alors la saveur propre du souvenir qu’ils laissent à leur consummateur; qui seulement les a offerts et offre toujours en victime-holocauste-potlatch de surplus productif dans l’économie du salut où la pièce marginale est la première à enjamber le guéridon du paradis, hmm – la surface de l’aisselle lacustre.

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