[Roman] Les deux corps du roi: Un environnement tempéré sans rapports 20

Les vacances étaient bien. Ah oui c’était bien ? Bien-sûr, c’était génial, on a clôturé la saison, la neige c’était un peu de la soupe mais c’était chouette avec les potes. Moi le ski ça se passe au bar. Ah oui, tu as des problèmes d’alcool en montagne. Mmh pas qu’en montagne, iiii. Non, non, mais je  déteste la glisse, j’ai essayé, c’est pas mon truc, alors… Mais faut essayer avec un moniteur, t’as pris un moniteur ? …un petit carnet Moleskine… …un moniteur ? C’est cher, puis pour le résultat, enfin je sais pas, ça me donne… Moleskine c’est pas celui qui a peint le Carré… …pas envie… …ou attends, je confonds. …de connaître cette sensation, la glisse… Non Moleskine c’est un café à l’aéroport de Genève porte D. …ça me correspond pas, ça me donne envie de… Non mais c’est une marque, ils ont ouvert un café mais à la base ils font… …vomir. Sérieux ? Non mais c’est parce qu’il faut tu apprennes. Moleskine c’est des carnets, mais ils font un peu de tout maintenant. Ah oui ? Quoi par exemple ? Autre chose que des carnets il veut dire. Ben… Du chocolat ? Tiens, du café ! Non, ça c’est la Fnac, iiiiiii …mais non, mais du papier, des stylos… Papeterie donc, hein. Oui… Moui, papeterie pour riche je dirais, iii. Mais ça reste proche des carnets. Ah mais j’ai pas dit le contraire… Oui enfin t’avais un ton genre, ils font vraiment de tout pour gagner leur croûte… Ben c’est l’impression que ça donne un peu… Oui mais sauf que ça reste cohérent on dirait. …je sais, je passe pas ma vie chez eux non plus, je t’en prie ne sois pas mon ennemi. …enfin je sais pas, je les connais pas. Non mais tu vois par exemple… Oui, ça donne l’impression que tu les assimiles à d’autres enseignes qui… Ouais. … les porte-clé, les stylos,… ….se lancent par opportunisme  dans la vente de… ….les enveloppes, les bristols, les papiers cadeau flashy avec des motifs en quête de références second degré genre mèmes décalés par rapport aux originaux…. Les stylos c’est logique, c’est du potentiel d’écriture en kit en somme. …que les adolescents vont reconnaître comme des fétiches fédérant une communauté exclusive et… ….nourriture, snacks contenant des acides gras saturés, de la mauvaise santé physique et mentale quoi, des mini-jeux pré-joués,… …rassurée dans sa cohérence ésotérique, des journaux footballistiques avec cartes à collectionner et s’échanger, avec des représentations héroïques de joueurs en sudation,… …des éprouvettes d’eau salée pêchée dans l’utérus des lamantins, oui les cartes de footballers, mais est-ce que Moleskine fait ça ? …ils adorent tous les footballers qui sont en train de reprendre leur souffle, ils font même des cartes avec leur tête, les sourcils froncés, la bouche en trompette et les joues rougies comme celles des enfants qui ont des problèmes pulmonaires légers assimilés à la vision de l’enfant valétudinaire mais qui, pour autant, ne se laisse pas faire, le souffle court donc, t-shirt trempé de sueur écrasé contre les pectoraux, que ce sport n’est tout simplement pas en mesure de développer, donc les mecs consomment hein, on voit bien, la poitrine gonflée d’air avidement sucé au raz de la pelouse, le doigt levé comme pour donner une indication ou une vision du jeu que leur réflexion aurait mûri, alors que s’il faut, c’est juste un problème de motricité,  ou une résurgence psycho-somatique à force de regarder eux-mêmes ces cartes, mais alors où tout ça a-t-il commencé ? Hmm, tu as raison. …des bananes. La sueur est le fétiche moderne d’une jeunesse qui voit les anciennes générations se reposer sur leurs acquis. Et pourtant leurs passions sont accueillies avec sécheresse, euh, je dirais même un certain… Ah oui secs comme des biscottes ! Qui ça ? …mépris. Les quadra, quinqua qui se la dorent à Saint-Martin ou Santorin. Ils ont quelle tête ? T’exagères, c’est une minorité, la grande majorité… Une tête vide avec un visage satisfait, très peu expressif tu sais, toujours souriant et ahuri, un peu comme des poissons morts à l’intérieur. Ah oui, comme ce type que j’avais vu à Oia qui était en… …n’arrive pas à sortir de l’inertie routinière et se sent malheureuse jusqu’au bout, triste comme une pédale qui continue de tourner à vide en ralentissement quand le programme est déjà terminé et le moteur premier parti pour aller se moucher et pisser un coup dans les toilettes communes. …salopette en jean découpée en string tanga au niveau de son cul avec des bords effilochés mêlés aux poils, l’œil rond d’un pigeon et la casquette relevée sur le front comme dans l’image d’Epinal moderne d’un petit garçon binoclard avec une casquette à hélice, un animal sexuel, il avait tellement de charisme qu’il aurait pu devenir un mème Internet très rapidement. Rapidement comment ? Je connais pas le leadtime moyen d’une chrysalide qui se transforme en Reine, deux, trois semaines, parfois ça prend juste quelques jours, voire quelques heures !

Le troisième gars s’était tu car la pause sentait sa fin naturelle approcher et il était le premier à s’en rendre compte si on ne comptait pas la fille qui était debout avec eux, coite et attentive. Il était gros, de cette famille de gros qui étaient tellement gros que leur visage ressortait dans un pli général qui faisait le tour, comme s’ils étaient cousus dans un corps étranger et qu’ils avaient trouvé cette issue, en ayant préalablement grignoté le visage originel de leur prison de l’intérieur, les joues ratatinées en cul de bouteille, ils sortaient pour la première fois à l’air libre sans toujours avoir compris comment cela avait-t-il pu arriver, les yeux humides, alors que c’est la pression de la nourriture qu’ils stockaient derrière les molaires qui faisait leur paupières se contracter en signe de défense, comprimant ainsi les glandes lacrymales qui lâchaient la sauce comme des tiques repues écrasées entre les doigts des garçons prépubères dont le sourire mélangé au mucus épais, les narines rougies et craquelées, semblait répondre à la chatouille urticante de leur smegma séché 

            Salut David. On y va là. Bonjour. C’est Natalia, elle reporte à Daniel Constantin dans le marketing. En direct. Elle vient d’arriver. Hé bien, toutes mes félicitations, bienvenue. Merci. Dans quels produits ? Les Invraisemblables et les Sémillantes, haute-joaillerie, nouvelle joaillerie. Pas de bijouterie. Iiiii. Non bien-sûr. Je surveillais leurs micro-intéractions, ils étaient beaux à regarder. Natalia portait un haut bleu satiné lapis-lazuli et un pantalon de tailleur sobre et bien taillé qui trahissait à peine son absence de formes vraiment féminines. Je surveillais son gobelet en papier cartonné recyclable encore à moitié rempli de café.

            18h12. Je quittai l’enceinte du bureau.

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